Interview : Marie-Aude Murail
Marie-Aude Murail, tu connais ? Mais si, celle qui a écrit Sauveur & Fils, Oh, boy !, Angie !... entre autres, parce qu'elle a quand même publié plus de 100 romans !
Bon, vu que je suis sûre que t'as de grosse lacunes sur sa biographie, voici ses réponses à une interview super intéressante qu'elle m'a accordée !

Quand avez-vous commencé à écrire et pourquoi ?
J'ai grandi avec deux grands frères et une petite sœur. Nous inventions des jeux, avec des personnages de notre imagination, ou nos doudous. Au bout d'un moment, Lorris s'est trouvé trop grand pour cela, et s'est éloigné. Alors, nous jouions au libraire avec ma sœur Elvire. J'ai tôt eu l'idée de faire un journal. Il s'appelait Zip et Zop, le nom des deux personnages, des enquêteurs. Mon journal comprenait le courrier des lecteurs, des contes d'animaux... En somme, c'était l'ancêtre du J'aime lire ! Je l'écrivais à la main, il sortait une fois par mois, et il était pour ma sœur, qui dessinait en général la couverture. J'ai donc toujours écrit de la littérature jeunesse.
Plus tard, Elvire et Lorris ont commencé à écrire aussi ; l'une, sous le nom de Moka, de la littérature jeunesse, l'autre, adepte de science-fiction.
A 30 ans environ, je commence à vivre de ma plume et de mes cahiers.
Où préférez-vous écrire ?
Etant maman de 3 enfants avec un grand écart d'âge, j'ai très longtemps eu un petit. Alors, j'écrivais pendant leur sieste, quand ils jouaient dans le jardin, dans la salle d'attente du pédiatre...
Lorsqu'ils ont grandi, j'ai pris « un double ». Une jeune fille s'occupait d'eux : elle avait mes clés, ma carte, mes enfants. Alors, j'ai appris à écrire par petits bouts, dans une pièce relativement isolée, interrompue de temps à autres par ma famille.
Je vivais une vie de mère au foyer qui écrit, et les hommes écrivains m'énervaient d'ailleurs beaucoup, à écrire quand ils voulaient où ils voulaient !
Maintenant, je n'écris jamais aussi bien que sur mes genoux.
Y a-t-il des auteur.ices qui vous inspirent ?
Oui, plein, tout le
temps ! Et pas que des auteurs ! En ce moment, par exemple, je suis présidente du jury de la
BD jeunesse à Angoulême. Alors, je trouve toujours « l'idée
manquante » du livre. Donc je m'imagine une histoire autour de ça,
je continue quelque chose dans ma tête. Mais que ce soit dans un
livre, une série télé, une conversation, une chanson...c'est
pareil ! Quand j'écris, il y a parfois comme une réminiscence :
un élément revient à ma mémoire, c'est involontaire, c'est
inconscient, mais ça sort de mon stylo tout seul et ça va dans mon écriture.
Avez-vous écrit un roman qui vous tient tout particulièrement à cœur, ou que vous avez préféré écrire ?
Les auteurs disent toujours « celui que j'écris en ce moment ». Le problème, c'est que comme je n'écris rien en ce moment, je ne peux pas te dire ça ! [Marie-Aude Murail m'a parlé d'un projet mais je dois le garder pour moi, c'est pour cela que cette réponse est super vide]
Qui est/a été votre plus grand soutien dans la vie et l'écriture ?
Mon mari, sans hésitation ! Je me suis mariée avec lui à 18 ans, je n'étais même pas majeure, tandis que lui gagnait déjà sa vie. Il avait passé un concours pour pouvoir se marier. Il lisait ce que j'écrivais, et puis j'ai commencé à gagner un petit peu d'argent, quelques sous, en écrivant des histoires pour des magazines, par exemple. À ce moment-là, ça a été une révélation de me rendre compte que je pouvais gagner de l'argent en écrivant !
Bien que souvent, on m'aie demandé « vous faites quoi d'autre ? », il n'y avait pas autant de concurrence que maintenant, donc d'un certain côté, c'était facile de se faire une place. Maintenant, c'est très dur, parce que beaucoup plus de gens veulent écrire et vivre de leur plume, et c'est très bien, mais avant, on me regardait de haut...
Combien de temps tardez-vous à écrire un livre (tel qu'une saison de Sauveur & Fils) ?
En temps normal, entre 6 et 8 mois, mais c'était différent pour la Saison 7. Effectivement, nous avons mis un an à l'écrire avec ma fille Constance. Mais c'était parce qu'il y avait de l'apprentissage derrière. C'est son premier roman, alors il a fallu un certain temps, des débats... Quand deux personnes travaillent ensemble, il faut que leurs deux points de vue convergent vers un même endroit. Or, ce n'est pas toujours le cas ! Mais évidemment, ce n'est pas le dernier qui parle qui a raison, comme je dis, et ça ne sert bien sûr à rien de s'engueuler, car ça ne mène nulle part.
Et enfin, avez-vous des projets dont vous pourriez parler ?
En ce moment, nous sommes sur une réflexion de fond. On travaille avec Constance sur quelque chose de plutôt humoristique. Nous voudrions également apprendre à lire aux gens, qui souvent ne comprennent pas certaines blagues (entre autres), ce qui peut être un problème.
Nous travaillons donc pour l'instant sur une préface destinée aux jeunes, avec pour objectif de leur donner envie de lire, déjà, mais surtout de bien lire.
Les +
Dans le deuxième épisode du podcast « Millefeuille » (que je vous invite à écouter), Marie-Aude Murail dit : « J'ai des racines et ça donne des ailes ». Effectivement, elle me raconte notamment que sa grand-mère, bien que couturière, s'exprimait très bien. « Il y avait du sens, dans ses phrases, une sorte de musique », me dit-elle.
Dans le journal intime de ses 17 ans, elle écrit également « Les mots qui me viennent à la bouche, ces mots juteux, sucrés, âcres ; ils m'appartiennent, ils me fascinent, ils me possèdent, ils m'entrent dans le corps comme des échardes, ces mots qui me torturent, je vais les clouer noir sur blanc aux pages que voilà. ». Dans son enfance, le don de l'écriture devient vite un refuge, puis une pratique régulière, qu'elle finit par professionnaliser. Petite, son ennui était déjà un terreau fertile pour l'écriture : « Je quittais mon enveloppe corporelle et je devenais quelqu'un d'autre. Comme je vouais être un homme, j'étais un homme, et il m'arrivait des tas d'aventures ».
Elle dit à des élèves de cinquième : « je suis née à sept ans, j'ai vécu à sept ans, je mourrai à sept ans ».
Et enfin...
Marie-Aude Murail a dit...
« Le chic pour écrire, on l'a ou on l'a pas. »
« Comment maintenir un suspense, tout ça, tu peux l'enseigner, mais il faut que ça se greffe à quelqu'un qui a un style »
« On ne peut pas faire de quelqu'un un écrivain si on ne l'est pas soi-même » (ça en vrai c'est Nabokov qui l'a dit mais faisons comme si de rien n'était)
Et voilà ! J'espère que ça vous a plu, et que vous avez appris plein de choses !
Je remercie infiniment Marie-Aude Murail d'avoir accepté cette interview, et vous d'avoir su patienté (même si certains ont peut-être vu les premières questions en avant-première, hum ?).
Bref, je vous souhaite une bonne journée, et vous invite à me donner votre avis ou à venir papoter ici !
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